Marion Adler Tabacologue Hôpital Antoine Béclère, Clamart

#Santé#Marion-Adler#Tabacologue#Vaporisateur-personnelCordiam Octobre / Novembre 2015 Point de vue…

La cigarette électronique : Une aide au sevrage ?

La cigarette électronique bénéficie depuis déjà plusieurs années d’un succès manifeste auprès des utilisateurs et d’un essor impressionnant. En effet l’utilisation de la cigarette électronique en France a dépassé le million de consommateurs et s’accompagne parmi les 13,5 millions de fumeurs d’une baisse de la consommation de tabac de plus de 7%. Cette relation entre l’augmentation de l’utilisation de la cigarette électronique et la diminution du nombre de fumeurs permet de constater que celle-ci est une aide efficace dans le sevrage tabagique. Ceci est un point très important pour les professionnels de santé.
Les conseils à délivrer concernent son utilisation dans le sevrage tabagique et reposent sur les connaissances actuelles ainsi que sur les traitements validés, efficaces et non toxiques dans le sevrage tabagique.

Ce succès impressionnant ne va pas sans quelques questions concernant l’efficacité réelle de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique, une possible toxicité des substances émises par l’appareillage et, la comparaison avec la cigarette classique, en particulier en cas d’utilisation prolongée.

Historique

La cigarette électronique a été inventée en 2003 en Chine, puis est devenue accessible par le Net à partir des années 2006-2007. En 2010, on assiste à une « démocratisation » de la cigarette électronique et l’apparition de nombreuses boutiques de vente en Europe. Parallèlement en France on observe en 2013 une nette diminution du tabagisme que l’on n’avait pas constatée depuis plusieurs années.

Comment ça marche ?

La cigarette électronique (ou e-cigarette) est formée d’un tube contenant le liquide de vapotage (e-liquide), d’une résistance chauffante au contact de laquelle le liquide passe pour former de la vapeur et d’une batterie au lithium le chauffage de la résistance. Il existe différentes variantes de cigarettes électroniques avec des composants plus ou moins sophistiqués et la possibilité de programmer les bouffées. Schématiquement, le liquide est formé de propylène glycol, ou de glycérol auquel sont ajoutés différents parfums. Le propylène glycol est un liquide qui capte les particules d’eau dans l’air ambiant et permet ainsi la formation de vapeur. Il peut contenir des quantités plus moins importantes de nicotine en fonction du choix de l’utilisateur mais certains liquides peuvent être sans nicotine. La concentration maximale de nicotine dans ce liquide autorisée en France est de 20 mg/ml. L’utilisateur appuie sur un bouton qui active le chauffage de la résistance, ce qui produit une « vapeur » que l’utilisateur aspire. Cela est appelé « vapotage » et le consommateur est le vapoteur.

Étude de la toxicité

Des progrès ont été réalisés grâce à une meilleure maîtrise de la production et au respect des normes concernant les produits de consommation courante (règles de protection des consommateurs). Les publications les plus récentes sont à ce titre rassurantes, même s’il reste des questions sur l’effet à long terme de certaines substances utilisées (1).
Une étude (2) sur la présence de carcinogènes et de substances toxiques dans la vapeur des cigarettes électroniques a identifié 4 composés carbonyles retrouvés dans certaines e-cigarettes (formaldéhyde, acétaldéhyde, o-méthyl benzaldéhyde et acroléine) ainsi que deux nitrosamines (NNN et NNK). Les auteurs concluent que la vapeur d’e-cigarette peut contenir des substances potentiellement toxiques mais que les niveaux relevés sont de 9 à 450 fois moindres que dans la fumée de cigarette. Ces substances ne sont produites que si les batteries montent à des températures trop élevées. En effet les normes européennes sont de plus en plus strictes quant à la présence de ces substances dans la vapeur. Dans la plupart des études scientifiques publiées, les e-liquides testés sont considérés comme non toxiques, comparés à ceux contenus dans la fumée du tabac, mais des études cliniques, à long terme devraient être réalisées pour valider ces données. En effet, la cigarette traditionnelle reste beaucoup plus nocive avec plus de 4000 composés toxiques retrouvés dans la fumée, dont le monoxyde de carbone qui favorise l’hypoxie, mais aussi les goudrons et d’autres substances cancérigènes.

Utilisation de l’e-cigarette dans le sevrage tabagique

Dans les consultations d’aide à l’arrêt du tabagisme, on observe de plus en plus de patients qui utilisent la cigarette électronique. C’est souvent une bonne aide au sevrage. Il faut cependant préciser qu’il existe actuellement d’autres traitements validés, efficaces et non toxiques et qui, utilisés à la bonne dose, permettent un sevrage efficace et sans souffrance du manque. L’utilisation de l’e-cigarette permet d’obtenir un « shoot » de nicotine assez semblable à celui de la cigarette, lorsque cette option est choisie par l’utilisateur. Le sevrage tabagique avec les substituts nicotiniques est trop souvent effectué à des doses insuffisantes. En effet il est possible un gros patch pour le sevrage tabagique en association avec les autres formes orales de nicotine (gommes, pastilles, inhaleur ou spray buccal). Les formes orales de nicotine apportent une aide mais la cigarette électronique permet d’obtenir un effet plus rapide. Il est aussi possible pour le fumeur de diminuer d’un coup ou progressivement sa consommation de cigarettes. Il n’est pas interdit de fumer avec un patch, en effet, il n’est pas plus dangereux de fumer avec ou sans patch. On peut aussi doubler la dose en proposant l’application de deux patchs si la dose délivrée par un seul reste insuffisante pour atteindre le sevrage complet. L’e-cigarette peut-elle être associée aux autres traitements d’aide à l’arrêt du tabac?

Dans le cas du sevrage tabagique avec utilisation de la e-cigarette, il est conseillé de procéder ainsi : la cigarette électronique peut permettre une diminution progressive de la consommation de cigarettes jusqu’au sevrage total ou bien on remplace totalement la cigarette par la vapoteuse. Il ne faut pas diminuer la dose de nicotine de la cigarette électronique avant d’avoir totalement arrêté de fumer. En revanche si les fumeurs poursuivent leur tabagisme, lorsqu’ils vapotent sans arrêter totalement, il y a très souvent reprise rapide du tabagisme. Le seul moyen d’obtenir un sevrage tabagique avec la cigarette électronique est d’arrêter complètement la consommation de cigarettes. Si la e-cigarette ne suffit pas, il est alors possible de lui associer d’autres substituts nicotiniques, mais les études d’efficacité restent à effectuer. Une étude récente(4) parue dans le Lancet a comparé l’efficacité de l’e-cigarette dans le sevrage tabagique avec les substituts nicotiniques. Cette étude souffre de biais méthodologiques car d’une part les modèles de cigarettes électroniques utilisés sont devenus obsolètes et d’autre part les substituts nicotiniques testés ne sont pas optimaux. Cette étude ne permet donc pas de conclure sur l’efficacité de l’une ou l’autre des aides au sevrage tabagique.

Que penser d’une règlementation ?

Compte tenu de l’efficacité très probable de la e-cigarette dans le sevrage tabagique, un groupe d’experts (5) a préconisé en Mai 2013 de ne pas l’interdire en France et de ne pas freiner son accès. Cependant ces experts recommandent un contrôle et un encadrement plus stricts des conditions actuelles de distribution et de fabrication des liquides afin d’en améliorer la qualité. Il serait intéressant d’évaluer à long terme l’impact de ces mesures en terme de santé publique et de comparer ces résultats avec ceux obtenus dans d’autres pays. En Mai 2013 la règlementation annoncée par le ministère de la santé concerne l’interdiction de vente aux mineurs, de publicité et d’usage dans les lieux publics, ce qui est une mesure importante en raison de la similitude du « vapotage » avec l’acte de fumer du tabac qui peut-être incitatoire.

Conclusion

Nous manquons de recul pour affirmer la non toxicité à long terme de la e-cigarette lors d’une utilisation prolongée, mais jusqu’à présent il n’a pas été mis en évidence de toxicité, celle de la cigarette qui elle, tue un consommateur sur deux faut-il le rappeler.
Ne contenant ni goudrons ni monoxyde de carbone, ni produits toxiques de combustion, la cigarette électronique très clairement à aider un bon nombre de fumeurs à se sevrer du tabagisme (6). Elle joue dans ce domaine un rôle essentiel et son usage doit être optimisé en association avec les autres traitements d’aide au sevrage tabagique validés existants. Cependant, elle ne doit pas devenir un produit d’appel pour les jeunes dans le tabagisme, sa publicité doit rester interdite et elle ne doit pas non plus donner l’occasion de contourner la réglementation existante en « vapotant » dans les lieux à usage collectif où l’interdiction de fumer prévaut et doit rester la règle, y compris pour les utilisateurs de l’e-cigarette dans un but de respect citoyen. Dans l’aide au sevrage tabagique, il faut garder à l’esprit que seul l’arrêt complet de la consommation de cigarettes a un réel impact sur la santé et que l’objectif « zéro cigarette » doit prévaloir (7).

Références

(1) Le Houezec Jacques. Lettre de la SFT sept 2013
(2) Goniewicz ML et al. Tob Control. 2013 Mar 6. [Epub ahead of print]
(3) 60 milions de consommateurs : 2013 La cigarette éléctronique
(4) Bullen C et al. Lancet 2013 Sep 9. doi :pii SO140-6736(13)61842-5.10.1016/
SO140-6736(13)61842-5. (Epub ahead of print)
(5) OFT : Rapport et avis d’experts sur l’e-cigarette, Mai 2013
(6) Etter JF et al. Addiction. 2013 Sep
(7) Alliance contre le tabac. 2013 Novembre

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